Vous avez sûrement déjà entendu parler du coefficient de marée. Dans le journal, à la télé lors d’une tempête, ou dans une discussion sur le port. « Le coef est de 95 »… « demain ça diminue »… mais qu’est-ce que ça veut dire concrètement ?
Et surtout, pourquoi est-ce une notion incontournable quand on prépare le permis côtier ou le permis hauturier, et plus largement quand on veut naviguer en sécurité ?
Dans cet article, je vous explique de A à Z ce qu’est le coefficient de marée, d’où il vient, comment le lire, comment l’interpréter, ce qu’il change concrètement en navigation, et je vous montrerai à la fin un exemple d’utilisation, sur une situation concrète.
*Image de l’article, extraite du SHOM
D’où vient la marée ?

Avant de parler du coefficient, il faut comprendre rapidement d’où vient la marée. Parce que le coefficient, c’est juste une façon de mesurer un phénomène.
La marée est un phénomène d’attraction. L’eau des océans est attirée par deux astres : la Lune, qui est l’influence dominante parce qu’elle est très proche de nous, mais aussi le Soleil, qui est beaucoup plus loin mais beaucoup plus massif. En gros, la Lune a une influence 4 fois plus forte que le Soleil sur la marée.
Donc selon la position relative de ces trois corps — à savoir la Terre, la Lune et le Soleil — l’attraction est plus ou moins forte, et donc la marée est plus ou moins forte.
Deux configurations sont à retenir :
Vives-eaux : la Lune et le Soleil alignés
Quand la Lune, la Terre et le Soleil sont alignés, c’est-à-dire à la pleine lune ou à la nouvelle lune, les attractions de la Lune et du Soleil s’additionnent. La mer monte plus haut, descend plus bas : on parle de vives-eaux.
Mortes-eaux : la Lune et le Soleil en angle droit
Quand la Lune et le Soleil forment un angle droit vu depuis la Terre, c’est-à-dire au premier ou au dernier quartier de lune, leurs attractions se contrarient. L’amplitude est faible : on parle de mortes-eaux.
C’est un cycle qui alterne toutes les semaines. Une semaine vives-eaux, une semaine mortes-eaux, une semaine vives-eaux, une semaine mortes-eaux, et ainsi de suite. Et c’est exactement ce cycle que le coefficient de marée mesure.
Le coefficient de marée, c’est quoi exactement ?
Le coefficient de marée est tout simplement un chiffre sans unité qui mesure l’amplitude de la marée. C’est une façon de dire en un seul nombre si la marée du jour va être forte ou faible.
Le coefficient est compris entre 20 et 120.
À 20, vous êtes au plus faible : c’est ce qu’on appelle une morte-eau exceptionnelle. L’écart entre marée haute et marée basse est minimal.
À 120, vous êtes au plus fort : c’est une vive-eau exceptionnelle. L’écart entre marée haute et marée basse est maximal.
Le coefficient moyen est à 70. Et c’est un repère utile : au-dessus de 70, vous êtes en vives-eaux. En dessous, vous êtes en mortes-eaux.
Les repères à mémoriser
D’autres repères sont utiles à mémoriser, parce qu’on vous en parlera en navigation et à l’examen :
- Un coef de 45 est un coefficient de mortes-eaux moyennes (entre 20 et 70)
- Un coef de 95 est un coefficient de vives-eaux moyennes (entre 70 et 120)

Deux marées, deux coefficients par jour
Il y a une subtilité importante : il y a deux marées par jour, donc deux coefficients par jour. L’un pour la marée du matin, l’autre pour la marée du soir. Ils sont toujours très proches, mais pas forcément identiques.
Vous pouvez avoir 96 le matin et 98 l’après-midi si le coefficient augmente, ou à l’inverse 49 le matin et 46 l’après-midi par exemple si le coef diminue.
Une notion qui vaut pour toute la France
Voici maintenant une précision essentielle, et qui surprend souvent quand on découvre la notion : le coefficient de marée est le même pour toute la France métropolitaine.
Que vous soyez à Brest, à Saint-Malo, à La Rochelle, à Marseille ou à Nice, le coefficient annoncé pour le 15 août sera le même partout. C’est une donnée nationale, calculée à partir des pleines mers de Brest, qui est le port de référence.
Et oui ! Je vous parle de ports en Méditerranée car il y a aussi des marées là-bas, mais elles sont tellement faibles (en moyenne 30 cm) qu’on peut les ignorer.
Donc ce qui change d’un port à l’autre, ce n’est pas le coefficient, ce sont les hauteurs d’eau et les heures de pleine mer et de basse mer.
Concrètement, à coefficient 95, vous aurez par exemple :
- une marée de plus de 12 mètres d’amplitude à Saint-Malo
- environ 7 mètres à Brest
- environ 6 mètres à La Rochelle
- seulement 30 centimètres à Marseille
Le coefficient est identique, mais la conséquence sur le terrain peut être bien différente.
C’est pour cette raison que le coefficient seul ne suffit pas. Il donne une idée de l’amplitude de la marée, mais il faut ensuite aller regarder plus en détails au niveau du port qui vous intéresse.
Pourquoi le coefficient est central en navigation
Maintenant, entrons dans le concret. À quoi sert vraiment le coefficient de marée pour un plaisancier ? La réponse tient en quatre points pratiques.
1. Ça change les hauteurs d’eau
En vives-eaux, la mer monte plus haut et descend plus bas qu’en mortes-eaux. Donc la hauteur d’eau, à un endroit donné et à un moment donné, n’est pas la même selon le coefficient.
Un haut-fond qui affleure à basse mer coef 95 peut être recouvert d’un mètre d’eau à basse mer coef 45. Un mouillage praticable en morte-eau peut vous faire vous échouer à marée basse en vive-eau.
2. Ça change les courants de marée
Plus le coefficient est fort, plus la masse d’eau qui se déplace en six heures est importante, et donc plus les courants de marée sont rapides.
Dans des zones réputées comme le Raz de Sein, le Fromveur ou le Raz Blanchard, on peut passer de 2 nœuds de courant en morte-eau à plus de 8 ou 9 nœuds en vive-eau importante. En sachant que le courant est généralement le plus fort à mi-marée. Pour un bateau qui fait 6 nœuds au moteur, ça change tout : ça peut vous bloquer, vous faire reculer et rendre le passage impossible à contre-courant.
3. Ça change votre planification
Quand vous préparez une sortie, selon le coefficient, les horaires de la pleine mer et de la basse mer ne sont pas les mêmes.
Je m’explique : par exemple à Saint-Malo, si j’ai un coefficient important — 110 par exemple — je sais que la marée basse sera en milieu d’après-midi, autour de 15h environ. Mais si je suis en petit coefficient — 35 par exemple — je sais que ce sera la marée haute en milieu d’après-midi.
Et ça change tout : pour passer dans un chenal étroit, mouiller dans une crique sans toucher le fond à marée basse, ou rentrer au port — surtout dans la Manche où il y a souvent un seuil avec un bassin à flot.
4. Ça change l’état de la mer
L’état de la mer ne sera généralement pas le même suivant le coefficient de marée. Tout simplement parce que plus le coefficient est fort, plus il y a de courant. Et quand le vent est contraire au courant, plus le courant est fort, plus la mer devient mauvaise.
Et à l’examen ?
À l’examen du permis côtier, vous avez souvent quelques questions sur la marée et le coefficient.
À l’examen du permis hauturier, on vous demande de savoir réaliser des calculs de marée pour connaître une hauteur d’eau précise à un moment donné, ou déterminer à quelle heure vous pouvez passer sur un lieu donné, tout ça avec la règle des douzièmes (j’ai fait une vidéo à ce sujet). Il faut donc bien comprendre à quoi correspondent ces coefficients.
Bref, le coefficient n’est pas un détail. C’est une porte d’entrée vers tout le reste : hauteurs, courants, planification, calculs.
Exemple concret : Une sortie à la journée au départ de Saint-Malo
Pour bien fixer les idées, prenons un exemple concret, comme vous pourriez en avoir à l’examen ou en navigation réelle.
Imaginons que vous voulez sortir de Saint-Malo le dimanche 17 mai, à 10 heures du matin. Vous regardez l’annuaire des marées et vous voyez :
- Pleine mer à 08h09, hauteur 12,18 mètres
- Basse mer à 15h09, hauteur 1,40 mètre
- Coefficient du matin : 98

Image extraite de “Marée infos”
Premier réflexe : lire le coefficient
98, c’est une vive-eau assez forte. Vous savez tout de suite que vous êtes dans une marée à grande amplitude — ici, plus de 10,78 mètres entre la pleine mer et la basse mer. C’est ce qu’on appelle le marnage.
Le seuil du port de plaisance de Saint Malo étant à 2 mètres, vous savez que vous devrez attendre que la mer remonte après 15h09 pour pouvoir passer (on ne va pas faire le calcul précis dans cet article).
Deuxième réflexe : anticiper les courants
Vives-eaux égalent courants plus rapides. Si vous devez franchir un chenal ou un passage exposé aux courants, vous savez que ce sera plus musclé qu’en morte-eau. Vous allez consulter votre carte marine ou votre atlas de courants pour vérifier.
Vous savez aussi que si vous sortez le matin, vous allez être dans un courant de marée descendante qui vous emportera vers l’ouest (car la Manche se vide vers l’ouest à marée descendante). Par contre, après la marée basse de 15h09, le courant vous aidera à revenir vers l’Est pour rejoindre Saint-Malo en fin de journée.

Troisième réflexe : anticiper votre point de mouillage
Disons que vous voulez aller pique-niquer aux Hébihens par exemple.
Si la hauteur d’eau est de 1,40 m à marée basse et que votre bateau a un tirant d’eau de 2 mètres, il vous faudra une sonde minimum de 0,60 m pour ne pas vous échouer. Les sondes, ce sont tous les chiffres qu’on voit sur la carte marine.
Donc disons 1 mètre en prenant une marge de sécurité (qui n’est pas très grande, on pourrait prendre plus de marge !). Vous pourrez donc mouiller sur un point noté 1 mètre sur la carte, par exemple.

Là on fait simple en parlant de la marée basse, mais c’est précisément là que les calculs de marée entrent en jeu avec la fameuse méthode des douzièmes pour savoir exactement la hauteur d’eau à n’importe quel moment.
Le coefficient, à lui seul, ne vous donne pas la hauteur d’eau à une heure précise. Mais c’est la première information à regarder pour savoir à peu près à quoi s’attendre : horaires et amplitude de la marée, force des courants.
Ce qu’il faut retenir sur le coefficient de marée
Le coefficient de marée est un chiffre sans unité entre 20 et 120 qui mesure l’amplitude de la marée du jour. En dessous de 70, c’est une morte-eau. Au-dessus de 70, c’est une vive-eau.
Il est identique pour toute la France métropolitaine, mais les hauteurs d’eau, elles, dépendent de chaque port. Il y a deux coefficients par jour, un pour chaque marée.
Plus le coefficient est fort, plus la mer monte haut et descend bas, et plus les courants de marée sont forts. C’est donc une information centrale pour préparer une sortie, choisir un mouillage, franchir un passage, ou simplement comprendre ce qui va se passer sous votre quille dans les heures à venir.
À l’examen du permis côtier, le coefficient est une donnée qu’on vous demande de connaître pour le QCM.
À l’examen du permis hauturier, vous l’utiliserez dans tous les exercices de marée. Apprendre à le lire et à l’interpréter, c’est une base indispensable.
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Bon vent, et à bientôt.
— Brieg, de Ma Formation Nautique

